Source : La Provence

Les bons résultats du métro incitent RTM et le préfet de police à durcir le ton.

À la vue d’un képi bleu rue de Lyon (15e) à Marseille, un passant s’interroge. “C’est une descente ou quoi?” Non, juste un préfet de police qui va prendre le bus 26. Arrivé il y a près de deux mois à Marseille, Alain GARDERE porte son offensive sur le terrain des transports en commun. En civil et sans chichis, le nouvel homme fort de la sécurité a choisi les quartiers Nord, hier, pour tenter de défaire le nœud parfois brûlant des 72 lignes de bus. Où s’accumulent chaque jour incivilités et voitures mal garées, agressions et jets de pierres, vols à l’arraché et altercations.

Un territoire en reconquête, résume Karim ZERIBI, président de la Régie des Transports en Commun (RTM) qui accompagnait hier le préfet entre Bougainville et La Rose. Grâce à la mise en place de brigades de sûreté avec la police dans le métro, on a réussi à faire baisser la délinquance de 30% en deux ans. La vidéo-protection, les 3000 caméras installées sur le réseau nous offrent un taux d’élucidation des délits de 56%. Dans les bus, en revanche, on a encore un sentiment de danger. J’aimerais une présence policière comme dans le métro.”

Au dépôt de Bougainville, Alain GARDERE multiplie les questions. Yahia SLIMANI, chauffeur de bus depuis 17 ans, l’interpelle, évoque “les agressions quotidiennes, les anciens qui s’en vont laissant la place à des jeunes, peu expérimentés dans les quartiers Nord. On a l’impression d’être abandonnés. On a besoin de présence policière. Il paraît que vous êtes une main de fer dans un gant de velours?”, interroge-t-il, sourire en coin. “Qui a dit que j’avais un gant de velours?”, répond Alain GARDERE.

Visage taillé à la serpe, regard clair, l’homme, ancien directeur adjoint du cabinet de Claude Guéant, au ministère de l’Intérieur, n’est pas là pour rire. Quitte à faire grincer des dents jusque dans ses propres rangs. “Ce que je vois sur le terrain est plus rassurant que ce que j’imaginais, avance-t-il. Mais je ne vais pas dire que tout va bien, loin de là. Dans le métro, les policiers sont là, la vidéo joue son rôle. On va faire l’effort en surface. Dans les semaines qui viennent, maintenant que les renforts annoncés sont arrivés, nous allons mettre en place des patrouilles de police sur les lignes de bus. Des policiers à pied et des CRS qui pourront monter dans les bus le temps de quelques arrêts.”

L’objectif est d’abord psychologique. “Montrer que nous nous réapproprions le territoire”, reprend le préfet de police. “Rassurer les agents, chauffeurs et contrôleurs, ainsi que les usagers”, ajoute Karim ZERIBI. Au-delà, il s’agit d’afficher du positif. À six mois d’une présidentielle où la sécurité sera un enjeu majeur, chaque grain de sable à Marseille est observé à la loupe à Paris.

“Il n’y a pas de fatalité, note encore Alain GARDERE. On peut améliorer la situation en faisant baisser la délinquance.” Alors que la petite troupe file vers le métro, à Bougainville, un SMS tombe sur les portables des policiers. Un contrôleur vient d’être frappé dans un bus à deux pas. L’homme est interpellé immédiatement. L’exemple paraît idéal. “Mais on est tout le temps sur le fil du rasoir”, note Étienne SESMAT, directeur de la sûreté à la RTM. Chaque année, près de 2000 faits de violence sont répertoriés sur le réseau.

François Tonneau

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