La région alpine est au cœur des transports en Europe Occidentale : les axes ferroviaires Lyon-Turin ainsi que le Montgenèvre serviront demain de relais pour le transport de marchandises et de voyageurs dans l’ensemble du pourtour nord méditerranéen. La France jouera alors un rôle central et bénéficiera de retombée économiques massives, autant en Rhône-Alpes qu’en Région PACA, tout en garantissant un report modal du routier vers le ferroviaire ainsi qu’une véritable transition écologique vers un mode de transport respectueux de l’environnement.

Dans cette perspective, un projet européen dénommé “Imonitraf !” de douze ans (2000-2012) a été porté entre par 10 régions du pourtour alpin, de France, d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie ou encore de Suisse. L’objectif de ce projet était précisément d’étudier les outils politiques communs à bâtir ainsi que les instruments techniques afin de renforcer le transfert modal. Douze ans plus tard, force est de constater que les régions réussissent là où bien trop souvent les Etats échouent. Forts de leurs propositions, les acteurs locaux ont donc décidé d’investir la scène européenne pour sensibiliser les décideurs européens aux résultats accomplis.

C’est dans cette logique que s’est déroulée mardi 06 Novembre à la représentation des régions du Tyrol à Bruxelles une conférence entre acteurs régionaux du projet, députés européens et la Direction Générale de la Commission européenne en charge des Transports.

J’ai eu l’occasion d’intervenir durant cette conférence afin de donner mon avis sur la question. En voici la retranscription :

 Chers collègues, chers amis, chers participants,

Tout d’abord permettez-moi de vous remercier de m’avoir invité à intervenir sur les suites que vous souhaitez donner à ce projet européen Imonitraf! En tant qu’écologiste du Sud-Est de la France, je tiens à insister sur l’importance de votre démarche et de sa pertinence sur le plan social, économique et écologique. La résolution Monitraf signée par les régions alpines en 2008 démontre une fois de plus la volonté des autorités locales de jouer collectif afin de concrétiser le report modal. Je suis convaincu que vos préconisations envers la Commission en faveur d’une politique alpine commune sur le transfert modal, pour une collaboration à partir d’instruments de surveillance innovants, sur la création d’une plateforme de suivi continu et d’échange des pratiques régionales dénotent une véritable expertise locale au service d’une multimodalité à l’échelle européenne.

Le transfert modal de la route vers le ferroviaire ne doit plus être une simple incantation, une posture, ce doit être une réalité. Pour être à la hauteur des enjeux, il nous faut dès à présent des investissements massifs, des schémas directeurs et des tracés concrets. Ici, il faudra nous appuyer sur le schéma directeur définis par les RTE-T ainsi que sur les financements alloués dans le cadre du Mécanisme d’Interconnexion Européen.

Actuellement en négociations sur les amendements au sein de la Commission Transport tant sur les RTE-T que sur le MIE, le groupe auquel j’appartiens défend cette vision du report modal comme modèle de développement économique et écologique durable. Ainsi par exemple, nous avons privilégié les projets transfrontaliers donnant une véritable plus-value européenne, aussi bien sur le Danube que sur les projets tendant à accroître la part du ferroviaire sur le routier dans le réseau central des RTE-T. La macro-région alpine a ici un rôle capital à jouer en tant que zone certes sensible mais stratégique dans le développement du fret ferroviaire et du transport de voyageurs.

Sur le plan matériel, cette plateforme interrégionale devra distinguer les infrastructures existantes qui devront être améliorées et modernisées des infrastructures à développer afin de soutenir le report modal. Je constate en ce sens l’engagement et la volonté de M. Soulage de défendre le Lyon-Turin, mais je pose ici la question: est-il pertinent d’avoir un financement global de 26.1 milliards d’euros pour un projet alors que l’infrastructure existante à moderniser couterait dix fois moins cher tout en répondant aux besoins de report modal? Plutôt que de privilégier quelques grands projets, nous devrions peut être financer plusieurs projets structurants à moindre échelle, tel le Montgenèvre qui, mis tous bout-à-bout, donnent une cohérence à l’intermodalité en Europe. D’ailleurs, je retiens l’une de vos thèses qui consiste à ne pas effectuer des reports d’itinéraire mais bel et bien un report modal. Il faut avancer dans ce travail de manière structurée et démontrer un courage politique en prenant des décisions fortes qui payeront sur le long terme.

Enfin je souhaiterais revenir sur la notion essentielle de plate-forme multimodale à mettre en place afin de favoriser le report modal. Nous parlons ici d’une politique globale en Europe: la question de la taxe carbone est centrale et peut être une source de financement pour les plateformes existantes ou à concevoir. Quand je constate que déjà trois pays européens du pourtour alpin ont mis en place (Allemagne, Autriche, Slovaquie) une redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations, telle que l’a fait la Suisse, j’attends avec impatience la mise en place de l’éco-taxe poids lourds en juillet 2013 en France et espère que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ne reculera pas face aux pressions des industriels ou de certains groupes politiques. Cette taxe de 12 centimes au km pour les camions de plus de 3,5 tonnes pourrait rapporter jusqu’à 1,24 milliards d’euros par an qui seront intégralement reversés pour la modernisation des infrastructures pour favoriser le report modal. Allons jusqu’au bout de la dynamique insufflée par l’Europe, car de la transposition des directives écologiques naîtra l’harmonisation que nous appelons tous de nos vœux. Soyons exigeant pour assurer un modèle de transport durable dans toutes nos régions.

Je serai donc vigilant pour que l’on acte le report modal dans les meilleures conditions et le plus rapidement possible, aussi bien en France qu’en Europe. Cette solution technologique doit constituer l’un des fleurons européen face à la compétition internationale de plus en plus sévère.

Je vous remercie encore pour ce travail écologiquement et économiquement responsable. Je suis convaincu qu’il portera ses fruits et ne se heurtera pas, comme j’ai pu l’entendre depuis mon arrivée, à certains penchants de notre cher Commissaire aux Transports qui semble opter pour des giga-liners en Europe.
Je vous remercie“.

 

Share This