Dans cette interview du magazine Le Point.fr, je reviens sur les tentions au sein d’EELV après mon investiture en tant que tête de liste et sur les différents éléments de mon programme pour les municipales. 

Le Point.fr : Vous avez été désigné tête de liste d’Europe Écologie-Les Verts à 91 %, mais, dans votre propre camp, des figures comme Sébastien Barles dénoncent une élection entachée d’irrégularités…

Karim Zéribi : Je réfute ces accusations, qui sont de la calomnie, voire de l’injure. La réalité, c’est qu’aujourd’hui il y a une confrontation culturelle au sein d’EELV. Il y a Sébastien Barles, qui prône l’écologie des bobos, des rentiers, de ceux qui peuvent s’en tenir aux grands débats idéologiques… Et puis il y a l’écologie populaire, pragmatique, que je souhaite incarner, une écologie en phase avec la société, qui parle d’environnemental mais aussi d’économie et de social, de façon à embrasser toutes les problématiques. Sébastien Barles voit que la dynamique est en train de se créer autour de ma personne et ça l’insupporte.

On vous reproche des relations ambiguës avec Jean-Noël et Alexandre Guérini, mis en cause pour des faits de corruption.

J’ai été porte-parole de Jean-Noël Guérini alors qu’il n’y avait aucune affaire. Comme Marie-Arlette Carlotti, d’ailleurs, qui est ministre du gouvernement. Sébastien Barles a été élu sur les listes de Guérini. J’ai le sentiment qu’il a une mémoire sélective et qu’il oublie qu’il était sur les listes comme moi. J’avais des relations avec les frères Guérini comme l’ensemble du corps politique. Ces relations ont cessé dès que j’ai su qu’il y avait une affaire. Si certains veulent inventer une histoire, avoir une approche mensongère de la réalité, à un moment donné je saisirai la justice pour que tout cela cesse. Parce que Karim Zéribi n’a jamais été convoqué par un juge, n’a jamais eu d’association financée par le conseil général.

Quel est votre projet pour Marseille et en quoi diffère-t-il de celui de vos concurrents ?

Les écologistes et la tête de liste que je suis allons proposer un projet de rupture à la fois sur la méthode, le mode de gouvernance, en mettant fin au clientélisme et en promouvant la transparence, et sur le fond. Le triptyque de l’écologie politique pour le développement économique s’appuie sur trois dimensions. Premièrement, un projet portuaire ambitieux doit être relancé de façon à faire de Marseille la plateforme euro-méditerranéenne sur l’activité maritime. Deuxièmement, il faut que Marseille devienne la capitale de l’économie verte.

On a le vent, on a le soleil, on a la mer : on doit rayonner dans le champ des énergies renouvelables, d’autant qu’à la clé il y a des milliers d’emplois à créer. Troisième axe, un plan un plan de grands travaux pour la ville. J’ai une approche néo-keynésienne, je pense qu’il faut relancer l’activité marseillaise par une politique de grands travaux non délocalisables : développement des transports en commun, rénovation des équipements sportifs de proximité…

Enfin, il y a la question de la tranquillité publique, dont je ne fais pas un tabou. Je veux m’inspirer en matière de sécurité de ce qui s’est passé à New York. Dans les années 90, c’était une ville du crime. J’y suis allé cet été, j’ai rencontré la police, des élus. Ils m’ont expliqué qu’ils ont pris le problème à bras-le-corps et ont mis des effectifs sur le terrain, partout, ils ont quadrillé, fidélisé des équipes à des territoires. Il faut faire pareil à Marseille avec un contrat État-ville de Marseille, police nationale-police municipale. Je veux un policier pour 1 000 habitants.

C’est un positionnement très sécuritaire… D’autres partis, à commencer par l’UMP, ont des discours similaires…

Non, c’est un positionnement très républicain. Marseille est la deuxième ville de France, il n’est pas normal que les Marseillais paient des impôts et n’en voient pas la couleur. Et la couleur dans une ville où l’insécurité augmente, c’est le bleu. On veut voir le bleu dans les rues, on veut être rassurés. Si l’UMP avait voulu mettre en place ce que je propose, elle l’aurait fait, depuis dix-huit ans qu’elle est au pouvoir. Idem pour le PS, qui dirige le conseil général et la région.

Qu’avez-vous pensé des interventions récentes du gouvernement à Marseille ?

Les effectifs de police sont les bienvenus. Mais ce qui me gêne, c’est que le gouvernement voit Marseille sous le seul angle sécuritaire. Le Premier ministre est descendu pour animer une réunion interministérielle. Qui dit interministériel dit plusieurs ministères concernés. En l’occurrence, on nous a servi du Valls et puis du Manuel et puis du Valls et puis du Manuel, en permanence. La ligne de Manuel Valls est réductrice de ce dont nous avons besoin à Marseille. Elle est limitée et momentanée. Il faut une synergie globale.

Vous êtes marseillais depuis l’enfance, quel est à vos yeux le problème principal de la ville ?

Il y a un contexte général qu’il faut inverser en faisant en sorte qu’il y ait un pilote dans l’avion. Aujourd’hui, il n’y en a pas, et, logiquement, d’autres forces prennent le dessus. Un maire, c’est le patron d’une ville, il doit être bâtisseur, décideur, promoteur. Le premier problème de Marseille, c’est qu’il n’y a pas de capitaine. Cette ville doit changer d’air et changer d’ère.

Certains pourraient être tentés de changer d’ère en votant Front national ; d’après les sondages, le FN est deuxième des intentions de vote à Marseille.

Il faut affronter le FN sur le terrain des idées, du programme. Je ne suis pas du genre à aller manifester contre le FN, en revanche je suis prêt à débattre contre lui. Le FN peut se présenter aux élections, par conséquent il faut être capable de l’affronter sur le terrain électoral. C’est ce que je vais faire, je suis d’ailleurs candidat dans l’arrondissement où la tête de liste du FN est candidate. Avec ce que je représente aujourd’hui, je pense que je peux être un rempart au FN, une alternative crédible. Je représente une EELV décomplexée, qui n’a pas peur d’exister par elle-même.

De qui vous sentez-vous le plus proche à EELV ? Daniel Cohn-Bendit ? Cécile Duflot ? Eva Joly ?

Je n’aborde pas la question d’Europe Écologie au niveau national à travers les personnes, mais à travers un chemin et une volonté pour mon parti. J’ai rejoint les Verts après la dynamique de 2009, celle impulsée par Daniel Cohn-Bendit aux européennes. Je l’ai trouvée très intéressante parce qu’on était sur un projet de transformation de société. Je crois qu’il faut qu’EELV assume sa liberté de pensée, d’action. Il faut trouver la bonne approche entre un ancrage institutionnel et un parti fort, autonome, capable de marquer sa différence plutôt que d’exister par le biais d’alliances avec le Front de gauche ou le PS. Jusque-là, on n’a pas réussi, le parti est apparu un peu éteint, chapeauté, s’interdisant de donner de la voix. On est dans une phase de transformation culturelle, tant localement que nationalement. Il y a des personnalités qui arrivent…

Et d’autres qui partent, comme Noël Mamère… 

Ce départ, je le regrette. J’aurais aimé qu’il reste avec nous, qu’il contribue au changement, à l’évolution interne qui est nécessaire. Mais je ne vais pas me morfondre : je fais partie de la génération qui vient derrière ; mon rôle, c’est d’agir. Je ne veux pas qu’Europe Écologie se contente d’être une force d’appoint.

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